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Les jeunes et la gouvernance locale: quel rôle pour les conseils jeunesse?

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Catherine P. Perras
Inscrit le 12 mars 2018
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Séance plénière au Forum jeunesse de l'ECOSOC

Séance plénière au Forum jeunesse de l'ECOSOC

Les 30 et 31 janvier derniers a eu lieu le Forum jeunesse 2018 du Conseil économique et social (ECOSOC) des Nations unies, auquel j’ai eu la chance de participer en tant que représentante de l’Observatoire jeunesse d’Oxfam-Québec (OJOQ) et membre de la délégation d’Oxfam. Cet évènement annuel sert de plateforme permettant aux jeunes leaders du monde entier d’échanger et de participer, entre autres, au suivi et à la mise en œuvre des Objectifs de développement durable (ODD) par l’entremise d’un dialogue avec les États membres. Cette septième édition s’est penchée sur le thème du rôle des jeunes dans la création de collectivités urbaines et rurales durables et résilientes.

En tant que future professionnelle de l’urbanisme, je me suis sentie interpelée par le onzième ODD au cœur du Nouvel agenda urbain et qui vise à « faire en sorte que les villes et les établissements humains soient ouverts à tous, sûrs, résilients et durables ». En effet, nos sociétés s’urbanisent à un rythme impressionnant et nos structures de gouvernance doivent s’adapter à cette réalité. Les grandes villes prennent un rôle de plus en plus primordial dans l’ordre politique mondial, en particulier pour favoriser l’atteinte des objectifs des accords sur le climat. Ceci n’est pas surprenant si l’on considère que par leur forte concentration de population et d’activités, les villes sont responsables de près de 75 % de la consommation mondiale d’énergie et de 50 à 60 % des émissions de gaz à effet de serre. De plus, alors que plus de la moitié de la population mondiale vit déjà en milieu urbain, l’ONU-Habitat estime qu’en 2030, 60 % de celle-ci sera composée de jeunes de moins de 18 ans. Lorsqu’il est question de la prise en compte des intérêts des acteurs jeunesse dans les prises de décision politiques, les instances de gouvernance locales ne peuvent donc plus ignorer cette démographie qui ne demande qu’à se faire entendre.

Des jeunes mobilisés pour leur municipalité

Nous, les jeunes, savons que si nous voulons réellement influencer les politiques économiques, sociales et environnementales pour réduire les inégalités intergénérationnelles, nous devons réussir à nous positionner au sein même des appareils municipaux. Si les séances plénières du Forum de la jeunesse de l’ECOSOC ont surtout permis aux États membres de rehausser l’image de leur pays en présentant leurs programmes nationaux de participation jeunesse, c’est plutôt lors des évènements parallèles organisés par différentes agences de l’ONU que de véritables initiatives menées par des groupes de jeunes ont été proposées. L’ONU-Habitat a présenté un panel de jeunes leaders intitulé Local Youth Representation : World Urban Youth Councils Network. Des représentants de conseils jeunesse du Canada, des États-Unis, du Brésil, de Russie et du Maroc ont fait valoir les succès de leur modèle, allant de l’adoption d’un plan d’action jeunesse par leur municipalité à un référendum sur la baisse de l’âge requis pour voter aux élections municipales. L’évènement s’est terminé par l’inauguration du Réseau des conseils municipaux jeunesse, invitant les jeunes urbains du monde entier à se joindre au mouvement.

Des pièges à éviter

La structure des conseils jeunesse municipaux est certainement prometteuse pour offrir une tribune aux opinions des jeunes concernant les champs de compétence des municipalités. De telles instances peuvent également être particulièrement formatrices pour la nouvelle génération de leaders politiques. Cependant, la simple mise sur pied de ce type de mécanisme est loin d’être suffisante pour garantir un pouvoir décisionnel aux jeunes, car encore faut-il que notre rôle ne se limite pas à formuler des recommandations qui risquent de ne pas être prises au sérieux. Les sièges du conseil doivent également être représentatifs de la diversité des jeunes de la région. De plus, au-delà des thématiques traditionnellement associées à la jeunesse comme l’employabilité et l’éducation, nous souhaitons être appelés à nous prononcer sur tout enjeu pertinent pour le futur de notre ville. Enfin, la question se pose également quant à la place réservée aux jeunes dans les principales instances dirigeantes. N’est-il pas possible que la création d’espaces qui leur sont spécifiquement dédiés puisse justement contribuer à les exclure des processus décisionnels officiels ?

Le travail continue

C’est donc la tête remplie de nouveaux questionnements, mais aussi d’initiatives inspirantes que je reviens du Forum jeunesse de l’ECOSOC ; motivée à poursuivre le travail de plaidoyer de l’Observatoire jeunesse d’Oxfam-Québec pour lutter contre les iniquités intergénérationnelles et permettre aux jeunes de prendre la place qui leur revient dans les instances. Je me permets de conclure en citant les propos tout à fait justes de Salina Abraham, présidente de la International Forestry Students’ Association et jeune leader au Global Landscapes Forum, dans son discours d’ouverture : « Make no mistake, young people will carry on the work whether they are included or not. And to many, this right is a responsibility bound to their hearts. They are not going to stand and wait for a seat at the table. We’re already here and out in the world dreaming, advocating and creating. »

Note aux lecteurs : Un rapport avec les recommandations formulées par les participant.es du Forum sera remis prochainement au High-Level Political Forum on Sustainable Development et à la Commission pour le développement social de l’ONU.






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