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L’approvisionnement en eau à Minawao: une situation alarmante

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Diane AZEBAZE
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© Diane AZEBAZE, Décembre 2017
Mayo-Louguéré asséché: les populations creusent pour recueillir de l'eau  où les bêtes viennent aussi s'abreuver

© Diane AZEBAZE, Décembre 2017 Mayo-Louguéré asséché: les populations creusent pour recueillir de l'eau où les bêtes viennent aussi s'abreuver

Minawao est un village du Cameroun situé dans la Région de l'Extrême-nord, dans le Département du Mayo-Tsanaga. Il dépend du canton de Gawar sert depuis 2012 de camp de réfugiés pour les populations Nigérianes, victimes du mouvement Boko Haram.

L’approvisionnement en eau potable est critique non seulement au camp des réfugiés, mais aussi dans les villages environnants dont Gadala, Sabongari, Houdango, Gawar, Zamaï, pour ne citer que ces derniers. D’après le rapport du Camp Management au 10 Mars 2017, un réfugié a accès à 8l/personnes/jour; ce qui ne répond pas aux normes qui sont de 20l/personne/jour. Cette situation pousse réfugiés et populations à parcourir des kilomètres afin de s’abreuver dans les cours d’eau où ils creusent des petites retenues d’environs 20 à 40 mètres en saison sèche. Aussi, observe t-on de longues files d’attente autour des points d’eau. Solomon Bitrus, réfugié du camp habitant du Secteur III déclare: “ En cette saison sèche, nous souffrons beaucoup de l'insuffisance en eau surtout dans notre secteur où il y’a pas assez d’ouvrages d’approvisionnement en eau potable….”. C’est d’ailleurs l’un des secteurs les plus lésés au camp ainsi que le Secteur IV non seulement en ouvrages hydrauliques mais également sur d’autres formes d’assistance.

Quels sont les sources d’approvisionnement existant au camp de Minawao?

Le Haut Commissariat des Réfugiés ainsi que ses partenaires pour répondre à cette crise d’eau a multiplié des ouvrages hydrauliques tels que:

- les forages. On note une trentaine de forages dotés de Pompe à Motricité Humaine répartis inégalement dans le camp en fonction des besoins par secteur.

NB: Le camp est réparti en quatre (04) secteurs

- deux stations de pompage motorisé: ce sont des mini-adductions d’eau consistant à capter l’eau dans un cours d’eau communément appelé “mayo” qui suit une filière de traitement et est desservi via des bornes fontaines. La première station a vu le jour en 2016 avec captage d’eau au Mayo-Louti. La seconde, en Avril 2017 avec captage dans le Mayo-Louguéré.

- L’adduction d’eau (Mokolo - Minawao): il s’agit d’un réseau qui permet d’approvisionner le camp depuis le barrage hydroélectrique de Mokolo. Néanmoins, on fait face aux coupures d’eau, c’est ainsi que la station du Mayo-Louti prend la relève.

A ce jour, on enregistre encore des attaques au Nord Nigéria, entraînant le déplacement des populations dans le camp. Il est clair que cette crise en eau va s’aggraver surtout avec la saison sèche où les mayo sont asséchés. On note aussi le boom démographique avec trente-cinq naissances en moyenne par semaine selon les Chefs de Centre de Santé rencontrés ainsi que la recrudescence des déplacés internes IDPs) dans la communauté hôte.

Quelles sont les conséquences directes?

Cette situation induit des impacts sociaux dont des conflits autour des points d’eau car d’autres en font une activité lucrative. En effet, des personnes à mobilité réduites, malades, personnes âgées, etc. s’approvisionnent auprès de ces commerçants qui arrivent au point d’eau avec en moyenne huit (08) bidons de 20l; empêchant ceux qui ont un, deux ou trois récipients d’en recueillir une quantité pour leurs activités régaliennes.

Nous avons aussi des conséquences sanitaires. Dans la partie Septentrionale du Cameroun, la baignade au mayo est une culture. Or, cette pratique expose les populations car l’eau n’étant pas de bonne qualité, cela favorise l’apparition des troubles de santé tels les diarrhées infantiles, le choléra, les problèmes de vue (cécité des rivières) , sans oublier les maladies de la peau, notamment la gâle. Ceci pourrait déclencher une épidémie comme ça été le cas en 2013 avec une épidémie de choléra dans la Région de l’Extrême-Nord..

Quelles solutions durables?

Les systèmes d’AEP (Approvisionnement en Eau Potable) peuvent assurer une bonne couverture en eau si les Comités de Gestion des points d’Eau (CGE) sont mis en place et bien fonctionnels. Ce sont des Comités créés pour assurer la pérennisation des ouvrages. Il s’agit entre autres pour ces derniers d’assurer la collecte de l’eau avec des récipients appropriés et suivant une norme définie en fonction des réalités de la localité. Lors d’un passage à Gawar, Djénabou membre de la communauté nous dit par exemple : “ le comité en accord avec la communauté ont décidé qu’en cas de file d’attente, un individu a droit à 40l le matin; cela permet à tout le monde de puiser de l’eau afin de vaquer aux occupations à temps….. Les femmes enceintes, personnes âgées, élèves, etc. sont privilégiées”.

Il faut par ailleurs assurer la redynamisation des ces comités. Les organismes après avoir créé ces derniers, ne reviennent pas faire un suivi, puisque c’est un travail bénévole les membres se découragent après un certain temps.

En plus de ces comités de gestion, il faut un comité d’hygiène et d’assainissement dont le rôle essentiel sera la sensibilisation des personnes sur les bonnes pratiques en matière d’hygiène telles que se laver le corps avec de l’eau propre et du savon; comment rendre une eau potable à domicile, etc.

L’eau c’est la vie, l’eau c’est aussi la mort”, utilisons-la de manière rationnelle afin de contribuer à l’atteinte des Objectifs du Développement Durable.





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