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Guinée : Les enfants albinos, entre mendicité et exploitation

Avatar Journaliste et animatrice d’émission pour enfant
Nenen Raby Diallo
Inscrit le 10 août 2017
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Photo d'un enfant albinos recevant de l'argent de la main d'une femme.
Crédit photo : Rabiatou Diallo

Photo d'un enfant albinos recevant de l'argent de la main d'une femme. Crédit photo : Rabiatou Diallo

Dans certains pays du continent africain, naître avec l’albinisme est un facteur de malheur pour les enfants. Dès leur naissance, ils sont l’objet de stigmatisation de la part de certaines familles qui voient leur venue comme un malheur en leur sein.

Mais qu'est ce que l'albinisme ?

Quand j’étais toute petite, je pensais que l’albinisme était une maladie. Mais récemment, un ami dermatologue m’a expliqué que l’albinisme n’est pas une maladie mais une infection génétique qui est causée par l’absence du pigment appelée la mélanine, qui confère la couleur noire à la peau. Elle est très souvent héréditaire et se manifeste indépendamment de l’origine ethnique ou du sexe. Tous les deux parents doivent être porteurs du gène pour qu’il soit transmis à leurs enfants, même si certains d’entre-eux ne manifestent pas la maladie.

Les parents, véritables bourreaux des enfants ?

En Guinée, l’exploitation des petits albinos est une pratique courante. Ils sont très nombreux, ceux qu’on retrouve aux bords des routes à quémander de l’argent. Dans la capitale Conakry, il vous suffit juste de longer les grands carrefours aux heures de pointe pour rencontrer les enfants albinos en train de quémander de l’argent. Dès qu’ils vous voient venir, ils viennent immédiatement s’accrocher à vos pieds en vous demandant de leur offrir un billet de 500 Francs Guinéen. Si vous êtes dans une voiture, ils n’hésitent pas également à s’accrocher au véhicule en vous suppliant.

On les retrouve dans d’autres endroits, comme au grand marché de Madina, à la mosquée Fayçal ou au pont 8 Novembre (des quartiers de Conakry). Et dans la pratique, ils sont toujours accompagnés d’une personne âgée non albinos qui s’assoit quelque part aux alentours pour guetter l’enfant dans cette tâche. Voilà la situation que vivent au quotidien les petits albinos chez nous en Guinée; étant très jeunes et vulnérables, ils n’ont aucun pouvoir pour se protéger contre cette exploitation.

C’est une situation déplorable, car l’âge de ces enfants varie généralement entre 5 à 13 ans. Souvent, ce sont leurs propres parents qui les utilisent comme monnaie d’échange pour assurer la survie économique des ménages, c’est à dire que leurs enfants deviennent leurs sources de revenus.

Les parents qui infligent cette situation à leurs enfants fragiles sont en réalité très pauvres, et viennent des villages de l’intérieur du pays à la recherche d’une vie meilleure à la capitale Conakry. N’ayant pas de famille, de toit et de nourriture, ils s’installent dans les rues et font de la mendicité une activité génératrice de revenus. Beaucoup d’enfants sont exploités dans la mendicité mais c’est encore plus fréquent chez les enfants albinos.

Quand on se penche sur les statistiques, on constate que dans de nombreux pays, l’albinisme est fréquent, mais sa prévalence varie à travers le monde. Selon l’Organisation mondiale de la santé, les estimations varient de 1 à 5.000 à 1 personne sur 15.000 en Afrique sub-saharienne.

Quand l’Etat faillit à son engagement international dans la protection des enfants !

Pourtant, l’article 32 de la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant, ratifiée par la Guinée, précise que « Les Etats parties reconnaissent le droit de l’enfant d’être protégé contre l’exploitation économique et de n’être astreint à aucun travail comportant des risques ou susceptible de compromettre son éducation ou de nuire à sa santé ou son développement physique, mental, spirituel, moral ou social ». Mais il faut noter que son application n’est pas encore effective.

En ce qui concerne l’éducation, nombreux parmi eux ne vont pas à l’école à cause de la pauvreté de leurs parents. Par contre, ceux qui y vont font la mendicité après les cours. Un jour j’ai rencontré un enfant d’une dizaine d’années, orphelin de mère, qui m’a confié qu’il faisait ce travail chaque jour après l’école pour soutenir son père vivant avec un handicap. Très tôt, ils apprennent à devenir responsables avant même de vivre leur enfance. Pourtant, l’enfance est une période d’apprentissage, de loisir, et d’éducation.

Il faut comprendre que de façon générale, les albinos souffrent d’exclusion et sont privés de certains droits. A travers cette mendicité les enfants albinos sont également privés de leurs droits à la santé. Ayant un corps fragile, s’exposer au soleil entraîne des taches noires sur leur corps et à la longue, cela peut même conduire à un cancer de la peau. Cette exposition est un autre manquement à leurs droits à la protection contre l’exploitation.

Dès leur plus tendre enfance, leurs propres familles et la société ont tendance à les rejeter. Quand à ceux qui on eu la chance d’aller à l’école, l’intégration est difficile, les autres enfants ne les acceptant pas facilement. Un autre jeune albinos âgé de 15 ans explique qu’il ne se sent pas très bien à l’école, à cause de ses amis. Il a du mal à voir le tableau et recopier les leçons, mais quand il leur demande de lui prêter leurs cahiers, ils refusent toujours.

C’est déplorable, cette couche sociale est victime de stigmatisation et est exposée à toutes sortes de dangers. C’est pourquoi ils se sont constitués en association pour défendre leurs propres droits à travers la Fondation pour le Secours et l’Insertion sociale des Albinos (FONDASIA), qui travaille actuellement sur une proposition de loi visant à protéger toutes les personnes atteintes d’albinisme.

Par ailleurs, plusieurs autres actions de sensibilisation sont entreprises pour protéger les enfants albinos. La Guinée a été l’un des premiers pays à célébrer la journée internationale de sensibilisation à l’albinisme, le 13 juin 2015. Ces sensibilisations consistent à expliquer aux populations que les capacités biologiques et physiologiques ne permettent pas d’exploiter ces enfants.

Je pense que l’éducation reste la meilleure solution pour permettre à ces enfants victimes d’exploitation de trouver leur place dans la société guinéenne. Il faudra continuer de sensibiliser et informer davantage les populations sur les conséquences de l’exploitation faites aux enfants albinos. Ils méritent d’être protégés comme tous les autres enfants car ils bénéficient des mêmes droits.

Références

http://www.tousalecole.fr/content/albinismes

https://www.voaafrique.com/a/guinee-les-albinos-preparent-une-loi-qui-les-protegera/3821514.html





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