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Esclavage en Libye et hypocrisie

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G. Ker
Inscrit le 11 décembre 2017
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Depuis quelques semaines, les extraits d’une vidéo amateur sur laquelle on peut voir deux hommes négociant pour acheter un esclave ont fait le tour du monde. Un jeune homme d’une vingtaine d’années sera finalement vendu à son nouveau « maître » pour 400 dollars, l’équivalent de 340 euros. Largement diffusée par CNN, cette vidéo a ému la communauté internationale, provoquant un élan de solidarité tel que des dizaines de hashtags et de messages de soutien ont fleuri sur les réseaux sociaux, en particulier Twitter qui semble devenir le réseau privilégié pour ce genre d’émoi .

Les jours passent, les articles sur le sujet se multiplient, l’indignation des internautes grandit, et toujours aucun communiqué officiel d’un quelconque gouvernement sur ce que certains qualifient de « crimes contre l’humanité ». CNN a diffusé la vidéo polémique le 14 novembre 2017, et les premières déclarations à ce sujet furent faites 5 jours plus tard, avec parmi elles, l’allocution très remarquée d’Emmanuel Macron lors d’un discours aux Nations Unies. Vous imaginez bien qu’en un laps de temps relativement long, si l’on en juge par la vitesse à laquelle les flux d’informations peuvent désormais circuler, la fièvre s’était propagée, et le monde, enflammé, face à ces événements. Malgré tout, les populations son restées dans l’attente de déclarations officielles, et blâmèrent l’inaction des gouvernements à multiples reprises, comme par exemple lors de la manifestation illégale du 18 novembre 2017 à Paris, qui rassembla un millier de personnes.

L’opinion publique mondiale a exercé une énorme pression sur les gouvernements, d’autant plus renforcée par la surmédiatisation du sujet et l’engagement de célébrités, telles qu’Omar Sy ou Paul Pogba, pour n’en citer que quelques unes. Les gouvernements, face à cette foule contestataire, prirent alors des mesures, comme par exemple mobiliser une force d’intervention pour aller chercher les clandestins sur le sol libyen, démanteler les réseaux de vente d’esclaves, mais également mettre en place des campagnes d’information ayant pour objectif de dissuader les jeunes de prendre le chemin de l’exode. (http://www.rfi.fr/afrique/20171130-sommet-ue-ua-mesures-endiguer-libye-fleau-esclavage-migrants)

En effet, l’immense majorité de ces esclaves ou futurs esclaves ne sont pas libyens ; ils sont pour la plupart nigérians, ghanéens ou gambiens, et souhaitent échapper à la guerre, à la crise économique ou politique, ou encore à la famine dans certains cas. Tous ont un objectif commun, celui de gagner l’Europe. La Libye possédant une façade maritime donnant sur la Méditerranée, et étant proche des côtes italiennes, elle est considérée par beaucoup comme une porte d’entrée vers l’Europe. Ainsi, en 2015, on estimait à 800 000 le nombre de migrants se trouvant en Libye dans l’attente de rejoindre le continent. La traversée est illégale, extrêmement dangereuse (selon l’Organisation Internationale pour les Migrations, plus de 5000 migrants auraient perdu la vie lors de la traversée au départ de la Libye depuis 2015) et gérée par des passeurs. Ces derniers demandent des sommes colossales aux migrants pour la traversée, oscillant entre 500 et 6000 euros. La plupart étant beaucoup trop pauvres pour réunir une telle somme, ils restent en Libye, tentent de trouver un travail, ou renoncent à leur rêve européen.

C’est ainsi que s’est développé le marché d’esclaves libyens : ils sont vendus à des personnes leur faisant miroiter un salaire dérisoire, qui serait susceptible de payer la traversée de la méditerranée au terme de quelques années de dur labeur, si tant est qu’ils vivent jusque là. En effet, les propriétaires d’esclaves n’ont aucun scrupule à user de la torture ou à les traiter comme des esclaves sexuels.

Lorsque ce scandale fut révélé par CNN, les réactions fusèrent, et certaines d’entre elles se firent remarquer plus que d’autres. Je parle ici des réactions de différentes ONG telles qu’Amnesty international, l’OIM et MSF, qui clamèrent haut et fort qu’elles avaient déjà tiré la sonnette d’alarme quelques mois auparavant. En effet, un rapport de l’OIM datant du 30 juillet 2015 faisait déjà le constat de l’existence de marchés d’esclaves en Libye. (https://www.iom.int/fr/oped/les-situations-de-crise-font-la-prosperite-des-trafiquants)

Ce rapport, bien que non isolé, était-il passé inaperçu, bien que provenant d’une organisation mondialement reconnue et estimée ? Cela parait peu probable pour un grand nombre de gens, qui continuent de dénoncer l’hypocrisie des gouvernements. Face à cela, on ne peut que se demander ce qu’il serait advenu de ces esclaves si cette vidéo choc n’avait pas été diffusée, si le monde entier ne s’était pas mobilisé. Peut-être qu’à l’heure même où cet article est écrit, ils seraient encore vendus et torturés sans que nul ne s’en rende compte, mourant dans l’anonymat le plus total.

Le plus choquant n'est pas que cela ait encore lieu en 2017, mais bien que l'esclavage libyen ne représente qu'une infime partie de ce qu'est le fléau de l'esclavage moderne.




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